Avant-Propos

Indexée depuis 2016 par le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES) et le Conseil national des universités (CNU) 70ème section, la revue Éducation, Santé, Sociétés est née à la croisée de plusieurs mouvements qu’il s’agit d’interroger ici en soulignant les voies à travers lesquelles ce nouvel espace scientifique entend construire son inscription sociale, éthique, épistémologique et praxéologique. Cette naissance n’est pas le fruit d’un heureux hasard…

Inscrite dans la toile tissée par le Réseau des Universités pour l’Éducation à la santé (UNIRéS) depuis son émergence en 2006, puis soutenue par la commission scientifique créée en 2012, Éducation, Santé, Sociétés s’ouvre désormais à l’ensemble des acteurs qui, d’une manière ou d’une autre, se questionnent sur différentes façons de croiser les questions d’éducation, de santé et de sociétés pour créer de nouvelles intelligibilités des mondes dans lesquels nous vivons, travaillons et pensons nos pratiques scientifiques, professionnelles, individuelles et sociales.

Traversée par ces interrogations, la revue propose un nouvel espace pour les travaux de recherche conduits à des moments de changements structurels importants en éducation comme en santé qui vont, par exemple en France, de la refondation de l’école à la mise en place des Écoles Supérieures du Professorat et de l’Éducation, en passant par les restructurations des institutions et l’émergence de nouvelles missions situées à la lisière de champs jusqu’ici séparés. Principalement francophone, la revue s’inscrit dans une perspective internationale et s’ouvre à tous les chercheurs œuvrant en éducation et santé. Elle entend ainsi trouver une place singulière dans un paysage scientifique foisonnant, dans la perspective d’accueillir une palette diversifiée de travaux et de répondre à une demande croissante d’éclairages conceptuels capables de mieux accompagner les pratiques d’acteurs en éducation et santé interrogés par les questions dites « socialement vives ».

Le triptyque « Éducation, Santé, Sociétés » traverse tous les lieux dans lesquels se cristallisent des enjeux d’apprendre, de vivre et de penser en santé, qu’il s’agisse de l’école, de la formation des adultes, de l’éducation thérapeutique ou des nouveaux espaces de collaboration, d’échanges ou de formation. Ouvrir une nouvelle fenêtre sur les travaux scientifiques constitue un enjeu fort dès lors que de nombreux professionnels, chercheurs et praticiens ont besoin de mieux comprendre ce qu’il advient des nouvelles sociabilités, des évolutions des mondes éducatifs, des dynamiques sociales et territoriales, des comportements individuels et collectifs et des transformations identitaires qui questionnent le champ de l’éducation et de la santé, et nos sociétés.

Identifier les éléments structurants de la revue Éducation, Santé, Sociétés impose d’envisager une seconde triangulation, en allant cette fois du côté des cadres théoriques et en convoquant à la fois les Sciences de la Vie, les Sciences médicales, les Sciences humaines et sociales. Ces trois champs aux épistémologies différentes n’ont pas souvent l’habitude de dialoguer ensemble et pourtant, ils se retrouvent au cœur des questionnements que la revue ambitionne de porter. En cohérence avec la complexité, la transversalité, la continuité et les perspectives d’appropriation qui caractérisent l’éducation à la santé, Éducation, Santé, Sociétés s’affranchit des frontières dans un paysage scientifique qu’il appartient aujourd’hui de s’approprier sous de nouvelles formes. Il ne s’agit ni de cloisonner ni de décloisonner sans raisons, mais de penser à de nouvelles façons de problématiser, de mener des recherches aux identités et épistémologies reconstruites et de donner sens ensemble aux analyses et aux résultats. Il s’agit aussi de croiser les connaissances et les sources bibliographiques pour que de nouvelles ouvertures de la pensée scientifique se réalisent, prennent corps et s’épanouissent. Dans le même mouvement, des « maillages » paradigmatiques et méthodologiques inédits s’imposent, en allant de la complexité à des focus de plus en plus étroits, ou du quantitatif au qualitatif pour mieux cerner les contours des recherches mixtes. La revue Éducation, Santé, Sociétés souhaite ainsi interroger les changements et leurs inscriptions plurielles dans des pratiques individuelles et collectives. Elle a donc vocation à recevoir des articles scientifiques de recherche fondamentale et/ou de recherche-intervention pensés dans leurs traits d’union bien plus que dans leurs exclusions.

Une autre triangulation se loge également au creux des territoires, à travers les dimensions régionale, nationale et/ou internationale. L’enjeu est de taille puisqu’il n’est pas un seul jour sans que des décisions soient prises à partir de savoirs qui deviennent rapidement obsolètes, alors que les mutations sociales ne cessent de bousculer l’ensemble des édifices sociaux, culturels, économiques et éducatifs sur nos différents territoires. Il s’agit alors de sélectionner des contributions de haute qualité, théoriquement ancrées et méthodologiquement structurées, qui présentent un potentiel de questionnement utile aux chercheurs, professionnels, éducateurs, formateurs et décideurs soucieux d’œuvrer en faveur de nouvelles formes de vivre ensemble en santé.

La revue prend en compte le contexte culturel dans lequel elle s’inscrit : c’est pourquoi sa forme papier, payante, est systématiquement doublée par une mise en ligne qui offre la possibilité de lire chaque numéro gratuitement. Du succès de la revue dépendra notre capacité à proposer, à terme, les productions scientifiques en accès libre et en tous lieux, pour assurer la diffusion la plus large possible. La langue française est le principal vecteur de communication et les résumés de toutes les publications sont traduits en anglais.

S’agissant des thématiques abordées, les recherches menées sur de micro échelles mettent souvent à jour des réalités émergentes (par exemple, les nouveaux usages du numérique en classe, en éducation thérapeutique…) ou montrent parfois comment s’articulent différents processus (la réussite scolaire et la santé, par exemple). C’est pourquoi la revue accueille deux types de présentations qui se côtoient utilement en perspective d’un dialogue constructif. Les textes « Perspectives » correspondent à des protocoles de recherche, des questionnements éthiques, des réflexions épistémologiques à propos de travaux scientifiques menés ou en cours, des réflexions et prises de distance à propos des méthodologies mobilisées. Ces espaces sont à penser comme des lieux privilégiés où les phénomènes minoritaires ou éphémères peuvent faire l’objet d’un questionnement qui suscitera de plus amples développements ou débats par la suite. Quant aux textes « Recherches », ils obéissent aux cadres habituels des productions de connaissances scientifiques et exposent avec force et clarté leurs ancrages théoriques, leurs problématisations singulières, leurs méthodologies, leurs résultats ainsi que les dimensions contextuelles dans lesquelles s’élaborent les études. Le niveau d’exigence est le même pour les deux types de contributions.

La revue Éducation, Santé, Sociétés s’est dotée d’un comité scientifique à fort potentiel de rayonnement, composé de chercheurs en sciences de l’éducation, de l’information ou des activités physiques et sportives, de sociologues, psychologues, médecins, anthropologues. Autant de compétences mises au service de lectures critiques exigeantes, réalisées en double aveugle pour chaque production soumise. Enfin, et ce n’est pas le moindre atout, la revue s’engage à donner réponse aux contributeurs sous huit semaines, ce qui doit encourager les doctorants et les jeunes chercheurs à qui la revue s’offre désormais comme un nouvel espace scientifique qualifiant, pleinement reconnu dans la communauté scientifique des chercheurs en sciences de l’éducation.

Forte de ces ancrages, la revue Éducation, Santé, Sociétés est plus que jamais à l’écoute des acteurs qui vont la faire vivre : parmi eux et en premier lieu, les lecteurs. L’avenir de la revue nous dira si la réunion en un seul lieu des questionnements sur l’éducation, la santé et les sociétés a réussi ou non à ouvrir le passage d’un champ de pratiques déjà ancrées dans le milieu scolaire et en dehors à un nouveau champ scientifique en structuration, capable de produire des recherches qui montreront leur potentiel d’inscription sociale et culturelle. Un tel projet doit être relayé, entendu, soutenu et porté par la diversité des acteurs, chercheurs, décideurs de tous horizons.

Créer Éducation, Santé, Sociétés pour accueillir des travaux scientifiques étayés et singulièrement problématisés, c’est se donner des chances de susciter des formations où les recherches et les pratiques sont dialectisées en même temps que sont menées des interventions pertinentes et contextualisées sur les différents terrains où les enjeux d’éducation et de santé font partie des demandes premières des familles et du monde scolaire. En ce sens, Éducation, Santé, Sociétés est bien plus qu’un projet scientifique novateur : c’est un projet social ambitieux qu’il s’agit maintenant de porter très loin et à plusieurs, en dépassant ensemble les frontières disciplinaires.

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